L'an dernier, j'avais participé à l'édition test de ce parcours en quasi totalité couru en Espagne (les 14 premiers kilomètres en France jusqu'au col du Somport). Retour aux sources cette année avec la 1ère édition officielle.
Rien de nouveau dans l'avant course, réception à Urdos, briefing, repas, dodo. Juste le plaisir de retrouver tous les pionniers de 2016, les bénévoles, les amis de l'Ultra et quelques nouvelles têtes. Cette année, le groupe s'est étoffé et nous serons 22 coureurs au départ, dont 3 femmes. Petite particularité quand même, chaque personne venant sur la course apporte une spécialité de sa région. Après le briefing, la dégustation commence. Elle durera plusieurs jours, les différents mets étant toujours à portée de main au ravito de l'arrivée, jusqu'à épuisement du stock.
Etape 1: Urdos (France) - Jaca (Espagne): 44,6 km en 4h16, 4ème.
Le début d'étape se fait du côté Français des Pyrénées pendant 14 km. Une ascension assez régulière jusqu'au sommet, le col du Somport. La montée est plus agréable que l'an passé où le vent et la pluie nous avaient sacrément ralentis. Je bascule en 3ème position derrière Rémi Duboq qui s'est envolé et Robert Bertin qui me devance de quelques secondes. Nous filons ensuite côté Espanol pour une belle descente de 30 km jusqu'à Jaca. Seul un missile nommé Alain David me doublera avant l'arrivée. Les quadriceps ont pris cher ! Nous retrouvons le même QG que l'an dernier, le bar qui nous servira le souper et le petit déjeuner. Nous dormons dans un gymnase à quelques centaines de mètres.
Etape 2: Jaca - Fiscal: 45,6 km en 4h28, 5ème.
Départ à la fraîche. Le temps de prendre le rythme et l'étape va se dérouler assez tranquillement. Une succession de montées et descentes qui met à rude épreuve les quadriceps encore une fois. Je ferai presque la jonction avec le 3ème avant que nous basculions dans la grande descente vers l'arrivée. Je vais donc me faire distancer car je ne veux pas prendre de risques, j'ai très mal aux jambes et la cheville couine un peu. Belle journée ensoleillée, arrivée tôt en début d'après-midi à l'hotel de Fiscal. Nous pouvons profiter à loisir du temps qui nous sépare du dîner. Un peu de farniente avant le début des choses sérieuses demain.
Etape 3: Fiscal - Alquezar: 76,4 km en 8h11, 5ème.
Départ à 7h pour les plus rapides de la veille. Je me retrouve donc un peu largué comme prévu, le diesel ne chauffe pas vite. Jusqu'au ravito 2, c'est un peu lent. Il faudra attendre le ravito 3 pour finalement lancer la machine et tenir un rythme correct jusqu'à Alquezar. Les paysages sont magnifiques et les variations de la route permettent d'éviter la monotonie. Le fait aussi de rattraper les coureurs partis à 6h30 au fur et à mesure de la journée met un peu de sel dans la course et permet de voir tout le monde en action. L'arrivée se mérite avec une dernière bosse qui dure, qui dure.... Les jambes sont en carton ce soir et le releveur me chatouille. Nous sommes dans un village magnifique, Alquezar, logés dans l'auberge de jeunesse. Souper et petit déjeuner sur place.
Etape 4: Alquezar - Sarinena: 68,8 km en 7h51, 9ème.
Journée tête dans le sac ! Pas de jus, quadriceps fracassés, douleur au releveur gauche, rien de fonctionne aujourd'hui. Je ne vais même pas apprécier le parcours pourtant varié et surtout le magnifique canyon dans lequel nous serpentons plusieurs kilomètres. Désertique, des aires d'Amérique, mais je me fais violence pour avancer, alors je n'y prête que très peu d'attention. J'y suis passé l'an dernier, alors je ne serai pas déçu. L'arrivée est une délivrance, je suis fatigué. Nous dormons en ville, dans une salle rénovée mais pas encore finie. Repas du soir et petit déjeuner chez Carlos, en ville, comme en 2016.
Etape 5: Sarinena - Caspe: 72,5 km en 7h37, 4ème.
3 départs: 6h - 6h30 - 7h. Après ma journée galère, je ne veux pas prendre le départ de 7h. Gilles qui m'a demandé hier soir, est d'accord. Je pars donc dans le 2ème groupe, ce qui veut dire que je vais chasser et être chassé. Finalement, c'est une journée correcte, même si au km23, je suis stoppé net par une forte douleur à la cheville gauche. Je ne peux plus courir, juste marcher ! Dire que je sentais une montée en puissance rassurante depuis quelques kilomètres... J'essaie de me calmer et me détendre. Au bout de 3-4 km, tout sembe rentré dans l'ordre et je repars en restant attentif. Les 3 premiers du dernier groupe vont me doubler, pas les 2 autres auxquels je vais réussir à prendre quelques minutes. C'est mieux qu'hier, c'est déjà ça. Ce soir, c'est appartement à 200m de la ligne d'arrivée pour certains et hôtel pour les autres. De longues lignes droites sans ombre, ambiance Canada, mais le paysage n'est pas monotone pour autant. Il y a encore des produits amenés par nous tous sur la table de ravito à l'arrivée, alors ça traîne un peu avant d'aller à la douche.
Etape 6: Caspe - Pinell de Brai: 68,4 km en 7h16, 6ème.
Départ à 7h, dans le 3ème groupe. A la traine jusqu'au ravito 1, puis le diesel se met en marche. Je vais passer ma journée à remonter les coureurs des différents groupes jusqu'à la voie verte de 10 km et ses 11 tunnels. Encore une belle journée ensoleillée, un parcours varié et des jambes qui fonctionnent un peu mieux chaque jour. Je vais quand même coincer avant la fin de la voie verte et la montée suivante, bien que peu raide et régulière me paraitra trop longue. Pinell de Brai se fait attendre. Je vais prendre une grosse claque avec Jean-Louis Valderrama qui me prend 24 minutes alors qu'il en comptait 10 de retard au départ de l'étape. Il passe 5ème au classement général. Je m'y attendais, c'est une course, il faut jouer.
Nous sommes en Catalogne et nous allons vite le savoir, le bar où je vais boire une bière avec JL Vidal et Tristan est animé. La télé passe en boucle la déclaration d'indépendance de la Catalogne ! Moment historique s'il en est. Un petit groupe attablé fait du bruit pour 15, mais c'est bon enfant. L'un d'entre eux va nous demander d'où nous venons et lorsque je lui dis "Bretagne", il lève le bras en disant "Astérix !". Nous sommes en sécurité, tout Catalan qu'il est, il ne s'attaquera pas à un irréductible Gaulois ! A part ça, on a quand même l'impression que tout le monde s'en fout et que c'est juste de la politique.
Vous l'aurez compris, je suis 6ème au général ce soir, 22' derrière le 4ème et 14' derrière le 5ème. Même si cette place me convient et me parait logique, je vais peut-être tenter un truc demain, genre baroud d'honneur. Au pire, j'explose et termine 6ème quand même, la 7ème place étant un peu loin.
Nous mangeons dans le bistro situé en face du gymnase vétuste dans lequel nous savourons notre dernier dodo avant la plage.
Etape 7: Pinell de Brai - Riumar, 69,3 km en 6h19, 1er.
Désolé, mais celle-là va rester longtemps dans mes archives, alors je vais la détailler un peu plus.
Comme je le disais plus haut, je voulais tenter un truc. Alors tant qu'à faire, il faut voir grand ! Ca passe ou ça casse, peu importe, l'essentiel est de n'avoir aucun regret à la fin.
Je pars avec Rémi Duboq (le leader) dès les premiers mètres. Je sais qu'il y a assez rapidement une très longue descente avant un long plat puis une montée régulière vers le 1er des 2 cols à franchir. L'avantage d'être un pionnier, même si le tracé va changer entre le km38 et le km60. Il envoie dur le Rémi, mais même à plus de 13 km/h dans la descente, je le suis. Pas trop le temps de causer, il ne s'économise jamais et je ne veux pas être déjà asphyxié. Au pied du col, je sens que j'ai un peu plus de puissance, alors je démarre. A ma grande surprise, je le décroche assez facilement. Je me dis que nous basculerons ensemble en haut mais que si je peux prendre un petit peu de temps au ravito où il s'arrête très peu, je pourrais rester un peu plus longtemps au contact. J'arrive au ravito 1 (km14) et je rattrape déjà des coureurs partis 30' avant, me ravitaille vite fait et entame la descente tout seul, sans retenue. En bas, je serpente entre les orangers et arrive au ravito 2 (km27), toujours en tête. Bon, je vais essayer de tenir jusqu'au pied de la 2ème difficulté au km 38, ce sera toujours mieux que rien. A chaque fois, Rémi n'est pas très loin, mais j'ai 2-3 minutes d'avance. Je tiens un petit 12 km/h et essaie de ne pas trop m'entamer physiquement. Au pied de la bosse de 6 km, toujours pas de jonction, alors je commence l'ascension en espérant être au plus près de lui avant la descente. Le rythme a drôlement chuté dans cette portion, les raidillons se succèdent et on sent bien les jambes. Le sommet est le bienvenu avec le ravito.
Je vais pouvoir filer, Rémi n'est toujours pas revenu, même si je me doute qu'il est juste derrière.
Au ravito 4, km47, je l'aperçois à 250m lorsque je quitte la table. Il faut que je résiste encore un peu...
Quelques lignes droites suivront où je sais que mon t-shirt orange fluo fait office de belle cible. Je ne sens pas encore son souffle dans mon cou, mais je sais que Pac Man n'est pas loin.
Au moment où j'aperçois Gilles revenu mettre des flèches supplémentaires à l'endroit d'une bifurcation trompeuse, je commence à craquer, doucement mais sûrement.
Le ravito 5 me fait du bien, le rythme baisse. Il reste 12 km. Cette fois, Rémi arrive à la table alors que je viens de la quitter. Cette fois c'est sûr, il va me croquer. Mon dernier challenge va être de retarder ce moment le plus possible pour essayer de terminer avec lui ou pas trop loin. Normalement, en étant devant lui encore à ce moment de la course, je dois avoir un paquet d'avance sur les 2 Jean-Louis qui me devancent au classement général. Il faut tenir, le pari est en passe d'être gagné.
Ne pas craquer va être mon leitmotiv désormais. J'ai déjà réussi un truc insensé en menant la course depuis le départ d'étape, il faut juste finir proprement. Je me concentre sur la foulée, respire pour ne pas me crisper dans l'effort, délier, les muscles. Je n'ose pas me retourner pour voir l'écart, si tant est qu'il y en ait encore un peu. Je reste bloqué à 5'30 au kilomètre, c'est encore acceptable. Je ne peux plus accélérer, mais je ne ralentis pas. Après un long "tout droit" au bord des rizières, la route fait un angle droit. j'ose un coup d'oeil. J'aperçois un point au loin ! J'ai encore quelques centaines de mètres d'avance ! Je calcule, recalcule, me dis qu'il va falloir qu'il aille vraiment vite pour me reprendre du temps, il reste moins de 5 kilomètres.
Tenir, tenir, tenir... J'entre dans Riumar, Rémi n'est qu'un point sur la piste cyclable, j'aperçois le bout de la rue, après c'est la plage.
Arrivé à la petite cahute restaurant qui annonce le début du ponton vers l'arrivée, Stéphanie et Catherine m'attendent. Je sais qu'il reste à peine 200m, je me retourne, je ne vois pas Rémi, j'exulte ! Je vais gagner l'étape !
Pour la 1ère fois sur une course à étapes, je fais mieux que 4ème du jour. Je suis donc le 1er à franchir la ligne d'arrivée, à mettre les pieds dans l'eau, à boucler cette dernière journée. Je rêve.
Je vais valider ma Via Iberica en allant mettre les pieds dans l'eau puis revient pour accueillir Rémi. L'accolade est franche, heureux lui aussi d'en terminer. Beau combat, même si lui à gagner la course. Il fait un beau vainqueur pour cette 1ère édition.
Je reste attendre le résultat des Jean-Louis. Arrive Alain David, 24' derrière moi. Les autres peuvent bien arriver maintenant, j'ai gagné mon pari.
Je vous passe les détails de la soirée: remise des prix, repas de clôture, quelques agapes qui nous feront terminer un peu tard pour certains. Avant de nous retrouver pour un dernier petit dèj le dimanche matin. Ensuite, chacun repart chez lui satisfait de cette belle aventure terminée et en rêvant de la prochaine.
Epilogue
Cette semaine Ibérique aura été remarquable. Sportivement évidemment, mais à tout point de vue. Une organisation impeccable dont on avait déjà eu un bel aperçu l'an dernier, des bénévoles parfaits dans leurs rôles respectifs et une belle brochette de coureurs qui se seront donnés durant ces 7 jours. Le parcours aura aussi fait l'unanimité, même si sa dureté n'est plus à démontrer, la variété des paysages aura enchanté l'ensemble de la caravane. Que dire du soleil espagnol qui aura inondé nos journées en nous épargnant de trop fortes chaleurs. Seule la fraîcheur matinale aura ralenti quelques vieux diesels avant le lever du jour.
Une belle épreuve, assurément.
Un petit conseil toutefois à ceux qui voudraient suivre nos traces dans les années à venir: Venez avec une bonne paire de quadriceps et des releveurs en béton armé !
Merci Gilles ainsi qu' à toute ton équipe de bénévoles pour votre dévouement. Soyez fiers de vous !
Des photos en pagaille:
https://drive.google.com/drive/folders/0Bxtba9CjPET0cmJuN1VqTDNlUGc?usp=sharing
Le site de la course:
https://via-iberica.jimdo.com/