Overblog Tous les blogs Top blogs Sport Tous les blogs Sport
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

Mil'Kil 2018. Echec et Mat.

Après 5 traversées de la France réussies, je m'élançais dans une 6ème aventure avec l'espoir d'en voir une nouvelle fois le bout.

 

Ma 1ère participation à cette épreuve dantesque en 2014 s'était soldée par une belle performance de 9 jours 10 heures 54 minutes et 42 secondes. Cette année, mon objectif était d'essayer de faire beaucoup mieux et pourquoi pas d'aller titiller un peu les meilleurs.

 

Depuis la Transe Gaule 2016, je me suis pris au jeu et même si parfois ça peut passer de justesse, j'ai intégré que l'échec est possible, encore plus qu'avant.

 

Je pars avec la même équipe qu'en 2014, il n'y aura pas besoin de temps d'acclimatation. Lena, ma fille et David Antoine que je connais depuis la TG 2013 et qui a une grande expérience de ce genre d'aventure.

 

Départ de St Malo à 7h pétantes dimanche 17 juin. Les fauves sont lâchés. Chacun vient avec ses propres ambitions, ses appréhensions, pour en découdre ou pour découvrir ou les deux. J'ai choisi de passer 15h sur la route ou 120 km maximum. Au premier des deux atteint, je m'arrête. Ce sera 120 km en 14h30. Il est 21h30, nous partons au camping de Vitré passer la nuit. Marque faite à la peinture à l'entrée du village de Taillis, km120.8.

 

La journée s'est bien passée, nous avons trouvé tout de suite notre rythme de croisière avec des ravitos tous les 8 km, soit environ toutes les heures. J'ai 50cl d'eau dans une petite bouteille que je porte à la main pour m'hydrater entre chaque point de rencontre.

 

Même si j'ai un objectif élevé, je me couche le soir pas trop tard et me lève vers 4h30 pour repartir à 5h30. Je suis un gros dormeur et si je fais comme certains avec seulement des coupures de 2-3 heures, je n'irai pas loin. Je mise plutôt sur la fraîcheur physique comme en 2014, c'est plus confortable et normalement j'avance assez bien en trottinant beaucoup et marchant peu.

 

Nous entamons la fin du premier 24h à 5h30 et je passerai donc avec 132 kilomètres au compteur cette première tranche. Il faut compter de 7h à 7h pour avoir le total d'une journée et non pas ce qui a été fait avant d'aller se coucher. C'est pour cela qu'en arrêtant tous les jours à 100km et en repartant à 6h le lendemain matin (soit une heure avant le départ de l'épreuve) ma moyenne journalière était proche de 106km en 2014.

 

Cette deuxième journée va être terrible. Je n'ai aucune énergie et la circulation va me taper sévèrement sur les nerfs. De grandes routes à fortes circulations, des automobilistes complètement débiles (pléonasme ?) qui roulent à tombeaux ouverts et certains qui ne s'écartent même pas d'un centimètre, ça use. Musculairement aussi, ça couine de partout mais c'est normal et ne m'inquiète pas. Il y a toujours un cap à passer.

 

Pour la suite de la course, j'ai prévu 16h ou 125km maximum. Au premier des deux termes échu, je m'arrête. Même si je dois faire uniquement 100km en 16h.

A mi-étape, j'ai fait seulement 55km en 8h... Je fais une pause repas d'une quinzaine de minutes qui va avoir le mérite de me remettre la tête à l'endroit. Je prends un bâton et dès qu'un Fangio semble ne pas prêter attention à ma présence, je le fais dépasser de 20cm à droite. Du coup, comme par magie, le véhicule s'écarte. C'est vrai qu'il vaut mieux éviter une rayure sur sa carrosserie que d'arracher un bras à quelqu'un. On a le sens des priorités ou pas.

 

Je vais avancer tranquillement et lorsque je me rends compte que la Loire est à portée de tir, une petite euphorie me gagne. De plus, j'ai Alexandre Forestieri dans le viseur et je vais le rejoindre un peu avant St Georges sur Loire. Malheureusement, j'ai le releveur droit qui semble avoir lâché d'un coup. Bizarre, en général il y a quelques alertes avant. J'essaie de mettre ça sur le compte d'une certaine fatigue et je finis à Challones sur Loire, à l'entrée du camping. 110km en 16h, soit une deuxième moitié identique à la première. Total depuis St Malo, 230 km en 38h30. Releveur droit très douloureux et cheville enflée mais pas encore rouge.

 

Nous quittons le camping à 5h30 et comme je me suis arrêté hier à l'entrée, le départ est vite fait. Mimi Chevillon arrive juste à ce moment là. Nous papotons un peu puis elle prend son rythme et je reste seul à marcher.  J'ai décidé de faire 3km doucement pour voir si ça chauffe, mais rien à faire, ça ne veut pas. J'en refais 3 autres, puis 3 autres.. Aucune amélioration, pas moyen de trottiner sans avoir très mal... A plusieurs reprise, je décide de mettre un terme à cette Mil'Kil. Jai fait 236km en 48h. C'est largement au-dessus de la moyenne nécessaire, mais je ne peux plus avancer sans douleur.

 

km241, j'enlève ma balise et la pose dans le fourgon. J'ote ma chaussette pour voir l'état de ma cheville. Pas beau. Le village suivant est à 2km, alors j'y vais en marchant avec Lena. Elle m'accompagne de temps en temps, je sens qu'elle est déçue et même si elle ne m'a jamais vu abandonner, malgré tout je pense qu'elle sent le truc arriver. Quel con, j'ai laissé ma balise dans le véhicule ! Pas trop grave puisque je dois arrêter au km243, mais bon, je n'aime pas ça. Je demande à David de le signaler à l'organisation.

 

Lena et David se sont fait une raison et me disent d'appeler moi-même JB, l'organisateur, pour lui annonçons mon abandon. La batterie de mon téléphone est à plat, il ne s'allume même plus ! Même lui ne veut pas que j'arrête ! Nous allons boire un café. La charmante tenancière (non, je déconne, on dirait que ça l'emmerde d'avoir des clients et Lena ne peut même pas brancher mon téléphone dans le bar !) nous sert un café. Jean-Noël, Demitrios et sa femme sont là également. C'est sympa de se retrouver avec d'autres Mil'Killers.

 

Puisque je ne peux pas appeler JB et que nous n'avons rien d'autre à faire, nous retournons au camion et Lena me masse le releveur. Dès qu'elle touche le tibia, aïe aïe aïe...

 

David me dit qu'on ne va pas rentrer aujourd'hui de toute façon, qu'on n'est pas à un jour près, donc je n'ai qu'à aller marcher un peu pendant que le téléphone charge et on verra après pour appeler JB.

 

Ok, nous repartons, Lena et moi. J'en suis à 13km en 4h30...

J'essaie de trottiner un peu, deux pas puis trois, je marche, je trottine quatre pas puis cinq. La foulée revient un peu, la douleur diminue. Je cours ! Ouf, ça va durer 42km ! Avant un village que je connais, le ravito 3 de la TG y est situé devant l'église et il y a un bar, je vais demander à David d'aller me commander une bière fraîche, la première depuis St Malo. J'en ai envie et j'ai aussi surtout envie d'autre chose dont je vous passerai les détails. Mon transit n'est pas bien calé depuis le début, ce qui est rarissime. Mais là, on dirait que ça va s'améliorer. Le bar est fermé mais David en a trouvé une dans un autre et me l'a apportée. Servie dans un verre "Mort Subite", je la déguste alors qu'un convoi funéraire passe pour aller au cimetière... Certains ont d'autres préoccupations que leur releveur...

 

J'ai fait ce que j'avais à faire. Le coeur et le corps légers, je quitte le village. Nous sommes encore sur des routes à forte circulation, surtout après Doué-la-fontaine que je suis bien heureux de voir ! Ville étape de la Transe Gaule. Lorsque j'arrive dans le centre ville Mimi est en train de se faire soigner les pieds par Bernard, son mari, finisher de la MK en 2014 et 2015. Je leur avais annoncé que je finissais au km243, alors ils sont contents de me voir encore là. J'en profite pour demander à Bernard s'il veut bien me soigner ma seule ampoule. Ouf, ça fait du bien.

 

Je repars après Mimi, nous devons attaquer la route de l'enfer. Doué-la-fontaine-Loudun. Des camions qu'on s'enfile comme des perles, des automobilistes énervés par tous ces camions plus des coureurs à pied qui emmerdent tout le monde. Le cocktail est explosif !

Puisque je suis toujours en course, l'objectif est d'arriver ce soir à la bifurcation qui nous fait sortir de cette route. Je vais avoir du mal, mais je n'arrêterai pas avant. Je "jardine" un peu à Montreuil Bellay, j'ai raté une bifurcation à gauche en marchant à droite de la route où je cherchais de l'ombre. Comme c'est fléché à gauche... Heureusement, ville passage de la Transe Gaule, j'y ai retrouvé mes marques assez vite sans avoir besoin de retourner en arrière. Quelques dizaines de mètres rajoutés mais ce n'est pas bien grave.

 

km305, enfin, c'est fait ! J'ai croisé Jean-Noël qui a mis fin à sa journée 3 km avant, à l'endroit même où j'avais fini mon étape en 2014.

Nous dormons au camping de Loudun, comme la dernière fois. Je n'ai pas avancé aujourd'hui, seulement 75km, mais toujours en course. 305km en 53h.

Lena et David mettent tout en place pendant que je me douche. Nous mangeons, Lena me masse et je me couche avec la sensation que peut-être demain ça ira mieux. Lorsque je me lève la nuit, j'ai peu de douleurs. Musculairement, tout est en place depuis le début du 3ème jour, aucun souci. Dommage que ce soit un tendon, déjà, qui déconne.

 

Ce jeudi 20 juin, à 5h30, c'est reparti comme hier. 3km de marche tranquille pour voir. J'ai essayé de trottiner, mais c'est impossible sans avoir l'impression que c'est le tibia qui tape dans le goudron. Nous apercevons Jean-Louis Valderrama alors que Lena me masse pour que je puisse tenter de repartir. Il est en solo, alors nous lui proposons de quoi manger. Je vais repartir avec lui, il marche assez lentement pour que je puisse suivre sans effort. Nous allons avancer comme ça un bon moment,c'est sympa de se retrouver après la Transe Gaule 2016 et la Via Iberica 2017. Je donne un t-shirt propre à Jean-Louis, David lui lave le sien et le fait sécher tant que nous sommes ensemble. Un peu de confort quand on est en solo, ça doit faire du bien.

 

Un peu avant Monts-sur-Guesnes, je ne peux plus le suivre, je tente comme je peux d'arriver dans le village en marchant avec Lena. Nous devons passer devant le restaurant "Le cheval blanc", spécialité joue de porc, passage obligé de la Transe Gaule. Le patron connait la musique. Je prends un café et lui demande s'il n'y a pas un kiné. Je ne veux pas rendre ma balise avant d'avoir essayé une dernière fois. Ne rien regretter... Il téléphone et nous y allons tout de suite. Le kiné est débordé mais fait le peu qu'il puisse faire. Dommage que personne ne connaisse ces pathologies des coureurs de grand fond, je suis persuadé qu'il ne faudrait pas grand chose pour que ça fonctionne de nouveau, à condition d'intervenir dès les premiers symptômes. Cela n'aura malheureusement pas l'effet escompté bien longtemps. Merci quand même.

 

Je croise Christian Efflam et Gene, des Bretons qui viennent me faire un coucou avant de rejoindre faire l'assistance de Gérard Denis à l'arrière. Christian est un grand coureur longue distance et Gene, sa femme, une assistante hors pair. Une petite parenthèse agréable et sympathique.

 

Ensuite, j'arrive au ravito, j'appelle JB et Xavier (PC course) pour leur annoncer mon arrêt dans quelques kilomètres. J'appelle aussi Kalie qui est déçue mais bon, ce n'est que mon 2ème abandon en 15 années de course, ce n'est pas comme si j'abandonnais souvent et facilement à la moindre excuse. Je sais aussi où va me mener cette blessure, ce qu'il faut supporter pendant des dizaines, des centaines de kilomètres et je n'en ai pas envie. Je vise le passage de la Vienne à Chatellerault ce soir, il y a environ 25 kilomètres à faire, au moins 6-7 heures ! Il fait plus de 30°C mais ce n'est pas ça qui me dérange. J'essaie de trottiner, encore une fois pour être sûr de ne rien regretter. C'est incroyable, mais je vais courir pendant 4 kilomètres ! J'y crois, c'est reparti, c'est fou ! Bon, comme un mauvais soufflé, c'est retombé. C'était les derniers 4 km de course de la journée et de cette Mil'Kil. Je me traîne donc à 4 km/h jusqu'à Chatellerault, Lena vient à ma rencontre pour finir avec moi et passer la Vienne. Au passage, David Cholez arrive et m'accompagne aussi jusqu'à mon point final. Nous passons le pont qui enjambe la Vienne, une petite photo souvenir et je lui souhaite bonne chance pour la suite. Enfin, je suis soulagé. A peine 50km en 12h10, pas la peine d'insister. Sur la Mil'Kil, aucun répit, aucun moyen de se refaire comme sur la Transe Gaule, aucune pitié. C'est le jeu, je le savais, j'ai tenté, j'ai joué, j'ai perdu. Un petit bisou à Lena, on se tape dans la main, c'est fini. David arrive pour nous récupérer.

 

J'envoie un message à Xavier et j'appelle JB. Game over.

 

Il y a beaucoup de choses qui peuvent expliquer cet échec, certaines ont plus d'importance que d'autres, mais je ne chercherai aucune excuse et surtout je n'ai pas de regrets. J'ai continué longtemps avant d'abandonner définitivement mais comme je l'ai dit plus haut, je savais ce qui allait venir derrière et je n'en avais pas envie. Je suis surpris que cette fois ce soit le releveur droit qui ait lâché et surtout d'un coup sans prévenir. Ai-je occulté des signaux ou étais-je trop concentré sur le côté gauche qui lâche trop souvent ? Bref, je ferai les analyses à froid et tenterai de trouver quelques éclaircissements pour remettre tout ça d'aplomb.

 

Désolé pour David et Lena qui ont encore fait un super boulot mais cette fois c'est raté. C'est mon échec, pas le leur, ils ont très bien fait ce qu'ils avaient à faire. Je ne sais pas si nous aurons l'occasion de remettre ça, mais en tout cas je sais que je tiens là une équipe de choc. Tout cela n'enlève pas ce que nous avons réalisé en 2014 et c'est justement pour ça que je ne regrette pas d'avoir tenté de taper plus haut, plus fort.

 

La vie continue et d'autres belles pages sont à écrire. Nous avons la chance de pouvoir tenter, alors ne nous privons pas, osons.

 

 

 

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article