Je suis resté un petit moment les pieds dans l'eau, à savourer cet instant. Je me baignerais bien, mais je trouve l'eau trop froide... Tant pis, je reviendrais.....
Je regagne tranquillement la ligne d'arrivée, car j'ai beaucoup de monde à saluer. Des coureurs arrivés avant moi, des bénévoles, des suiveurs. Et puis une bière à boire !
On se rend compte que tout est terminé: les chaussures et les chaussettes abandonnées sur le sable, comme un symbole de 18 jours de "combat", de lutte contre soi-même et ses douleurs, pour aller au bout de la route, au bout du rêve.... Tout le monde est assis, allongé, dort, discute, rigole... savoure.
Les sourires sont sur tous les visages. On peut y lire l'histoire de ces 18 jours partagés, sans aucun accrochage, aucune animosité, beaucoup d'encouragements et d'entraide, tous tendus vers un objectif commun: être là où nous sommes !
Symboliquement, je rends son dossard à Jean-Claude Colliou, que je porte depuis son abandon. Je lui donne également le mien car ils sont dans la même pochette et je ne veux pas les dissocier. Jean-Claude a été grandiose dans son abnégation, son courage et son état d'esprit, il méritait lui aussi d'être parmi nous. Maintenant son dossard connait la route, il n'aura plus qu'à revenir pour finir le travail. Respect, Jean-Claude !
Je m'assoies près de la ligne d'arrivée pour boire ma bière, puis quelques photos sous la banderole avec les autres,coureurs, Kalie et les enfants. De temps en temps, un ou plusieurs coureurs arrivent, les applaudissements reprennent, tout le monde est heureux...
Un grand moment d'émotion lorsqu'arrive Shu Jung Lu Shiu, coureuse internationale Taïwanaise de 24h, dont la terrible histoire avait marqué l'édition 2008 de la Transe-Gaule. En effet, hospitalisée d'urgence le soir de l'arrivée à Gruissan, elle avait dû être amputée de la jambe droite et des orteils du pied gauche, suite à une infection foudroyante par une bactérie très rare et très dangereuse qui transperce le muscle. Elle était passée à deux doigts de la mort.... 4 mois plus tard elle reprenait le travail...
Les coureurs continuent d'arriver, mais le vent qui souffle depuis le matin commence à avoir raison de moi. Je pars me doucher au gymnase en attendant que les derniers arrivent. Ils ne sont plus très nombreux désormais, à finir.
Avant la remise des prix, nous repartons à plusieurs pour accueillir André Lange, coureur Allemand, qui galère depuis plusieurs jours à cause de releveurs très touchés. Fred Borel, qui avait terminé son étape depuis bien longtemps, était parti le chercher à 8 km de Gruissan, pour lui apporter son soutien et courir (oui, encore courir!) avec lui. Cette arrivée sera un des grands moments de cette édition 2010, car nous sommes une petite vingtaine à l'accompagner sur les dernières centaines de mètres ou à l'attendre près de la banderole. Nous chantons et l'encourageons jusqu'à qu'il passe enfin cette ligne d'arrivée ! ENORME !!! Il en termine à l'extrême limite du cut-off, en ayant tout donné depuis 3 ou 4 jours, et gardé son sourire et sa bonne humeur à chaque instant: un grand bonhomme !
Il ne reste plus qu'à plier la banderole puis rejoindre le gymnase où vont pouvoir débuter les festivités.
Cette fois, c'est bel et bien terminé.....